En Fumée
2018, 76 minutes, hd, 16/9
2018, 76 minutes, hd, 16/9
La France en 2015. Une population désillusionnée répond tant bien que mal à l’avènement d’un nouvel ordre libéral. Les deux amis Boris et Alexis vivent l’un sur l’autre dans un minuscule appartement parisien : la taille du lieu ne va pas empêcher leurs convictions politiques de s’opposer jusqu’à l’extrême – au péril de leur amitié. Loin de Paris et de ces préoccupations, l’artiste rêveur Pierre (Quentin Papapietro) se réfugie dans l’écriture d’un opéra basé sur le mythe d’Orphée et Eurydice, avec comme faux espoir la possibilité d’échapper au souvenir d’Adelia, une étudiante parisienne blasée par ses discours amoureux. Comme un dernier appel d’air avant l’ère Macron (Boris croisera son cousin : un agent immobilier en quête d’étudiants fauchés), Quentin Papapietro signe un film jeune et anti-« jeune cinéma » tout à la fois. Véritable comédie musicale auto-produite (Papapietro est aussi chanteur sous le nom de Lonely Kid Quentin), où pourtant seuls les dialogues sont post-synchronisés (le son direct laissant les chansons à la merci des voix qui déraillent), En Fumée nous fait suivre un Orphée certes parfois valeureux (Pierre vit sans s’en rendre compte un véritable roman d’apprentissage) mais aussi souvent… à côté de la plaque ! Aveuglé par ses souvenirs amoureux (comme Boris et Alexis par la « politique »), il ne l’est pourtant pas moins que ce monde aujourd’hui proposé à nos jeunes protagonistes : une société du divertissement qui, sous couvert d’un sérieux d’apparat, ne recycle que son propre mépris. Alors, du brouillard semble surgir un semblant de réponse : les plaisirs conjugués du chant et de la farce. Face aux conventions, En fumée ne propose qu’un seul mot d’ordre à même de nous sauver : enfumons-nous !
Vincent Poli pour le Fid Marseille
En fumée est disponible en VOD sur Ciné Mutins
Chronicart, chronique du Fid 2018 par Jerome Momcilovic
Cahiers du Cinéma, chronique du Fid 2018 par Laura Tuillier
Débordements, chronique du Fid 2018 par Alice Leroy
Le Monde, chronique du Fid 2018 par Murielle Joudet
Mouvement, chronique du Fid 2018 par Julien Bécourt
Plus franchement du côté de la comédie, En fumée, de notre collègue Quentin Papapietro, est une comédie musicale échafaudée pendant trois ans en autoproduction, entre la chambre de bonne du réalisateur, la maison de sa grand-mère et une poignée de lieux parisiens emblématiques (fontaine Saint-Michel, café de la Mairie, Champs-Élysées). On suit les pérégrinations hasardeuses de deux amis, Boris et Alexis, cinéphiles aquoibonistes, avant de s’intéresser en parallèle au sort de Pierre, un chagriné d’amour qui s’échine à terminer un opéra autour du mythe d’Orphée. Prenant des détours anachroniques par le romantisme, la Nouvelle Vague ou la passion de Boris pour les pamphlets de Céline, En fumée ne dresse pas moins le portrait hilarant d’une capitale partagée entre une précarité grandissante et un idéalisme intact, une muséification rampante et la tentation d’une modernité de pacotille. Post-synchronisé, en partie chanté et chanté faux, En fumée fait preuve d’une inventivité foisonnante qui lui permet, à chaque nouveau chapitre de l’épopée de ses héros, de jouer le gag contre la longueur, le surgissement comique contre le désespoir d’une génération qui peine à répondre à la question : comment vivre ?
Laura Tuillier, Cahiers du cinéma.
Ou encore un studio trop étriqué pour deux amis parisiens que l’on croise dans En fumée, comédie musicale « lo-fi » du jeune cinéaste et musicien Quentin Papapietro. Autoproduit et tourné par petits bouts entre 2015 et 2016, le film suit Boris et Alexis, deux garçons lymphatiques qui cohabitent dans un studio avec leurs positions politiques irréconciliables. L’un lit Karl Marx et peaufine la rédaction d’un pamphlet anarchiste, l’autre fricote avec l’extrême droite et se procure Bagatelles pour un massacre, de Céline. A leurs errements s’ajoutent les ambitions d’un jeune musicien romantique qui, mal remis d’une rupture amoureuse, compose un opéra inspiré du mythe d’Orphée.
Loin de dépeindre une génération bien de son temps, le film dresse le portrait de trois personnages inaptes au présent, inactuels, et qui répondent à ce décalage en s’enfonçant toujours davantage dans leur lubie politique ou esthétique. Pour les séquences chantées, Papapietro dérègle le principe qui régit habituellement les comédies musicales : les dialogues sont postsynchronisés et les chansons captées en son direct. Ce choix est à l’aune du film qui penche pour une esthétique du « chanté faux » : la poésie naît de ce qui grince et dissone. Loin de vouloir faire oublier l’âpreté des conditions de tournage, le cinéaste embrasse joyeusement la contrainte et en dégage un maximum d’effets comiques. Le film, extrêmement drôle, évoque une rencontre impromptue entre le cinéma de Luc Moullet et celui d’Eugène Green, qui s’invite d’ailleurs dans le film.
Murielle Joudet, Le Monde.
On peut toutefois se réjouir de ce que des comédies grinçantes trouvent place dans le paysage francophone, à l’image du décapant En fumée, de Quentin Papapietro, opéra comique où l’on chante faux et fable farfelue sur le désenchantement d’un pays néo-libéral. On y suit les tribulations amoureuses d’un poète mélomane qui veut monter son Orphée à l’opéra en hommage à la jeune femme qui l’a éconduit, et celles, hasardeuses, de deux amis cinéphiles engagés sur des chemins politiques diamétralement opposés — l’un écrit maladroitement des pamphlets anarcho-gauchistes, l’autre se passionne pour la fange antisémite de Céline dans Bagatelles pour un massacre. Une facture DIY — tous les dialogues sont post-synchronisés et les chansons en prise directe — confère toute sa saveur à ce film résolument à contre-temps : moins portrait d’une jeunesse romantique en quête d’idéaux que peinture irrévérencieuse de la France de 2015 (on pense un peu à La France de Serge Bozon), dont le personnage le plus savoureux reste sans nul doute le grotesque Jean-Philippe Macron, agent immobilier de son état et cousin de celui qui n’est encore qu’un fringant ministre de l’économie en quête d’idolâtrie. En Fumée emporte moins pour sa trame narrative un peu rebattue (le désarroi amoureux d’un côté, le duo comique de l’autre) que pour la vivacité de sa mise en scène et de ses dialogues. On a aussi le bonheur d’y croiser Eugène Green, auquel cette troupe d’acteurs et amis doit beaucoup, et même le génial Jean-Louis Costes dans une scène de covoiturage désopilante. On rêve de voir comment Papapietro transplanterait ses truculents personnages dans la France macroniste de 2018.
Alice Leroy, Débordements.
L’amateurisme est aussi la morale de En fumée (Quentin Papapietro), qui tente, avec les moyens du bord (c’est-à-dire presque rien), un portrait pince-sans rire de l’époque, à travers celui d’une jeunesse parisienne dilettante et dandy, végétant dans des chambres de bonne entre cinéphile blasée, velléités politiques sitôt avortées, et vaisselle sale empilée dans l’évier. Avec un peu de générosité, on pourrait voir dans le résultat quelque chose comme du Eustache corrigé par le burlesque de Moullet. Suprême audace : le film est une comédie musicale – mais à l’envers, avec chansons en direct et dialogues post-synchronisés. Que le film soit inégal et probablement trop long est, de toute évidence, le cadet de ses soucis, et il a bien raison : dans ses meilleurs moments, il est irrésistiblement drôle.
Jerome Moncilovic, Chronicart.
Ode au dilettantisme réalisée avec les moyens du bord, comme un croisement inopiné entre le burlesque d’un Luc Moullet et l’opéra d’Orphée et Eurydice en version low-fi, En Fumée de Quentin Papapietro dégage une fraîcheur assez enthousiasmante, par sa manière de dézinguer gentiment le parisianisme mondain et ses attitudes snobinardes, autant que la morosité mortifère de la province. On y suit 1h10 durant les mésaventures d’une brochette de bras cassés entre Paris et Limoges, sous forme de comédie musicale à l’amateurisme assumé. Tous les comédiens y chantent sans exception comme des casseroles pour scander la lose ordinaire, les déboires amoureux et l’inaptitude à l’insertion sociale, tandis que leurs déconvenues se succèdent. Et c’est franchement très drôle, en dépit de certaines longueurs. Surprise, on y voit même surgir au détour d’une scène le réalisateur Eugene Green ou le chanteur-performer Jean-Louis Costes, dans le rôle d’un rouge-brun hystéro prenant en stop l’un des protagonistes. Une sorte d’instantané de la jeunesse artiste-branleur-précaire, réfractaire au nouvel ordre libéral et qui ne sait plus à quel saint se vouer. On ose à peine imaginer ce que ça aurait donné en 3D.
Julien Bécourt, Mouvement.
Projections publiques :
FID Marseille, Villa Méditerranée, Cinéma Les variétés, 14-15 juillet 2018
Semaine Asymétrique, Marseille, Polygone étoilé, 30 novembre 2018
FAME, Paris, Gaité Lyrique, 16 février 2019
Ciné Bla-bla, Saint Georges de Didone, Le Relais, 21 février 2019 - article Sud Ouest
Le Gallia, Saintes, 22 février 2019
Festival 7ème Lune, Rennes, Cinéma Arvor, 23 mars 2019 (Lauréat de la Lune d'argent)
Un drôle de festival, Paris, Forum des Images, 20 avril 2019
IndieLisboa, Lisbonne, Cinemateca Portuguesa 10 mai 2019
Cinémathèque Française, Paris, 13 mai 2019
Le Chair de Poule, Paris, 20 janvier 2020
Cinémathèque de Toulouse, 30 janvier 2020 - Les nouveaux excentrés du cinéma
Festival Les Inattendus, Lyon, 22 février 2020
Bruxelles, Cinéma Nova, 02/03/2025 - Focus Quentin Papapietro
Tournage sur l'Indre dans le Berry
Le tournage a commencé en juin 2015 et s'est achevé en mai 2016. La post production, incluant la post-synchronisation des dialogues et le bruitage des scènes s'est achevée en 2017. Le film a eu sa première au Fid Marseille 2018.
Synopsis :
À Paris, deux éternels étudiants, Boris et Alexis, vivent de discussions oiseuses et de crises existentielles.
À la campagne, Pierre, un jeune compositeur, tente d’écrire un opéra inspiré du mythe d'Orphée, pour faire le deuil de son ex-petite amie.
Adelia, italienne et étudiante à l’École du Louvre, ne trouve ni dans la rigueur de ses études ni dans l’insouciance de sa vie affective de remède à son mal-être.
Le tout est à la fois une satire de notre époque troublée, une romance à l’eau de rose et une comédie sur le mélange des genres.